Bonjour Céleste, peux-tu te présenter ?

Victor, a.k.a Céleste, j’ai 27 ans, je suis Nantais depuis toujours. J’ai été beaucoup éduqué dans le textile : ma mère était assez fanatique de marques et de grandes maisons de hautes couture donc j’ai vraiment baigné dedans. Je suis né dans les nineties donc tout ce qui est retro ; tout ce qui est Nike, Adidas, etc. Je me suis créé cette culture moi-même . Et par ma mère, j’ai développé un intérêt autour des grandes marques, grâce à ce qu’elle m’a inculqué. J’ai toujours été passionné par ça et j’ai toujours travaillé dans le commerce : c’est quelque chose que j’adore.

 

Donc il était naturel d’en arriver à créer un projet autour de ces passions : tu peux nous en parler ?

Ça fait 4-5 ans que j’avais pour projet de monter une marque. J’ai fais des tentatives, des logos qui ont pas aboutis parce que des marques les avaient fait un ou deux mois avant : c’est arrivé deux fois, d’un côté ça fait plaisir mais quand toi tu n’es rien, tu ne peux rien faire contre ça. Suite à ça, j’ai monté la friperie Céleste courant 2016, c’était à un moment où je chinais énormement et du coup je me suis rendu compte que beaucoup de choses que j’achetais je ne les portais pas. Du coup, j’ai organisé un gros vide-dressing via la création d’une page facebook et en fait ça a très bien marché. La friperie Céleste est née comme ça.

Arrivé à fin 2016 / début 2017, j’ai un peu avorté le projet pour le reprendre avec une vrai image pour en arriver à la Maison Céleste qui est vraiment un concept où je vais avoir le côté friperie dans lequel je chine énormement de choses et où je vais chercher des marques qui me tiennent vraiment à cœur. Au début c’était des pièces qui, je le savais, auraient un succès certain mais je voulais orienter ça pour que ces vêtements aillent dans la direction que je voulais donner à ma marque, pour faire un lien. Ça m’a apporté énormement de connexions et de bons retours donc j’ai lancé le gros projet qui est cette marque. On a donc fait le premier shooting en août 2017. À ce moment là, il y avait pas mal de photographes qui me proposaient de travailler avec moi mais ça collait pas toujours pour la ligne éditoriale que je voulais pour ce projet. C’est à cette période que j’ai rencontré le photographe Jazwave sur le tournage d’un clip d’Heskis (membre du groupe 5 majeur), on a bu un verre et comparé nos approches et on s’est rendu compte qu’on était complétement dans le même mood .

C’est très skate et hip-hop Nantes, donc quand on a une touche assez spécifique il faut pouvoir approcher la clientèle qui va être proche de l’univers proposé, qui est assez mystique et qui amène des choses assez pointues dans les textiles que je veux faire . Sur Nantes il y a peu de magasins qui pourraient vendre ma marque. Donc, avec cette friperie, les curieux vont pouvoir découvrir plus facilement les marques que je propose, pour ensuite aller voir ce que je fais moi-même. Je reviens sur le travail avec Jazwave mais c’est un travail d’équipe : je m’occupe du tri pour la friperie et des visuels pour la marque mais il amène un regard très important pour la friperie , un regard extérieur mais quand même très investi , c’est toujours bien d’avoir un regard en dehors du regard créatif que j’ai avec mon univers .

On ressent une imagerie forte autour de ton projet, via ce nom « Maison Céleste » ou encore la ligne éditorial de ta communication, comment est-ce que tu penses cette imagerie ?

Le concept de Maison Céleste est basé sur les apports culturels que j’ai eu pendant les nineties, ça va des jeux d’heroic fantasy au rap que j’écoutais via ma famille, donc mon mélange c’est des Nike à bulles d’air et des épées : si je pouvais vivre dans un monde idéal ça ressemblerai à ça (rires). Je suis également un fanatique de mythologie et ça me fait penser à un livre qu’on m’a offert Le Héros aux mille et un visages (Joseph Campbell) : ces figures de héros j’ai grandis avec, comme Harry Potter qui est le gamin au fond de la classe et qui devient un héro , Bilbo le Hobitt et des tonnes d’autres exemples . Je me suis rendu compte que c’était un truc d’espoir, de n’être rien et de réussir parce qu’on a un destin. Mais finalement ça ne marche pas du tout comme ça et c’est à toi de travailler pour réaliser les choses. Même si ça reste une aventure malgré tout et que ce destin tu te le crées en toi !

Après pour l’imagerie autour des visuels, je suis un passionné de fleurs , cristaux et tout ce qui est gemmes, j’ai construit une partie de cette imagerie autour de cette dimension. Par exemple, le style de la marque va être très streetwear avec des orientations grunge en passant par la haute-couture mais en restant sur cette imagerie très fantasy. J’essai donc de le retranscire doucement dans la com’ parce que je sais que si j’arrive avec un trop gros univers les gens qui n’étaient que sur la friperie vont être perdus dans un travail de compréhension compliqué. J’ai quand même une clientèle de 15 à 25 ans donc les plus jeunes n’ont pas forcément baigné dans cet univers et n’y sont pas tous sensibles , j’amène ça doucement. Après ça rejoint d’autres gens, comme Château Noir que je côtois un peu et qui, dans le rap, arrivent à amener cette imagerie là.

Mon instragram, là où la plupart des gens me suivent, peut voir arriver des brides de lyrics ou poèmes où je parle de fleurs, de gemmes et autres éléments qui composent cette imagerie là. La première collection de la marque sera vraiment orientée vers ces éléments qui me tiennent très à cœur. Je veux que ma marque représente ce que j’ai rêvé de porter, j’analyse les différents univers du textile depuis très longtemps , et je sais ou je ne veux pas aller même si ça reste difficile je préfère avoir 700 personnes qui adhèrent vraiment au concept plutôt que de faire un truc très mainstream qui va se vendre dans tout les shop hypeux et retomber aussi vite . Je préfère me placer sur un travail de niche, de faire durer l’aventure et être dans une mentalité de partage comme dans les vieux jeux vidéos RPG qui sont basés sur l’idée d’être une équipe. Genre un druide ça sera le dealer (rires), un chevalier un rappeur ; les chevaliers se sont mes gars en fait. Et moi, si je puis-dire, je suis seigneur de Maison Céleste. (rires)

 

Ton logo participe grandement à cette imagerie, tu peux nous raconter son historique ?

Il est vraiment apparu par rapport à beaucoup d’inspirations et depuis son apparition c’est devenu très clair dans ma tête. Le logo WIFI a été beaucoup détourné et je me souviens qu’à l’époque je trainais sur des GIFs très cute/pink et sur un de ces GIFs il y avait un cœur à la place du rond en bas du symbole. Je l’avais complétement oublié, et un soir de taff autour du logo je réflechissais à combiner les côtés « retros » et « futur » qui font écho pour pas mal de gens . Un mois après avoir produit ce logo avec mon téléphone , j’ai pu le peaufiner avec l’aide précieuse d’Emilie Nicoleau , une amie graphiste et je suis retombé un jour sur ce fameux GIF en me disant que ça venait surement de là ! Du coup, c’est une boule de cristal qui symbolise le retro et le symbole WIFI qui est un symbole de futur ; ce que je trouve drole d’ailleurs c’est qu’on trouve ce symbole partout et il est plus tellement gage de futur mais plutôt d’une idée de connexion. Et cette idée me plaisait bien en étant alliée avec la boule de cristal car c’est également un objet de connexion et de partage.

 

Est-ce que tu peux expliquer le concept de « Lifestyle Brand » ?

On va commencer par le début. Une marque, logiquement, c’est fait, par exemple, pour le sportswear mais une lifestyle brand c’est créer un univers et une culture par rapport à la marque. Bape c’est l’exemple même de ce concept, Comme des Garcons pareil. Ça part vraiment de l’idée de créer un monde, ça me fait penser par exemple à des artistes comme Stupeflip (qu’on m’a peut-être fait écouter trop tôt (rires) ) ou Grems et qui ont développé un vrai univers autour de leur travail. Depuis que je suis enfant, je suis dans cette idée de création, via l’écriture de nouvelles par exemple, donc l’univers heroic fantasy que je me crée c’est vraiment la base de cette imagerie que je veux insufler et surtout ne pas faire une marque où il y a juste mes textiles et que ça parle streetwear ou autre : je voulais apporter autre chose.

Ça me fait penser que sur mon prochain site je vais mettre en place une playlist avec des sons qui font échos à cet univers là, pour construire une imagerie de manière globale autour de la marque et que les gens qui viendront sur ce site n’arrivent pas simplement en se disant «je vais acheter tel t-shirt » mais entrer dans un univers .

 

J’ai l’impression, en t’écoutant, que ce concept de lifestyle brand part d’un désir de création avant tout …

Carrément, c’est ce désir de toucher à tout et qui a été mon problème jusqu’à il y a un peu plus d’un an, à peu près. Je voulais créer beaucoup de choses mais j’arrivais pas à me cadrer , j’ai rencontré une personne très importante qui a su m’aider et me guider dans mon mode de création , donc je me suis mis dans l’idée de créer la Maison Céleste pour apporter un cadre à ce désir de création.

 

On a pu te croiser sur plusieurs événements nantais, le derniers en date étant la block party « Salut c’est cool », quel est ton regard sur Nantes ? Est-ce que tu vois la ville comme une sorte de territoire ou de terrain de jeu ?

Alors, comme je le disais je suis nantais depuis longtemps ! J’ai beaucoup d’affection pour la ville et c’est pour ça que j’ai beaucoup de mal à la quitter je pense. Mais pour moi, Nantes m’a énormement bridé dans ma création, et je ne lui en veux pas, mais le rap était pas du tout inscrit dans Nantes, à part du rap très jazz. Moi je voulais faire du son, tous mes potes en faisaient mais c’était pas dans la veine que je recherchais donc pour trouver des événements intéressant c’était compliqué. Depuis 1 an et demi / 2 ans environs ça commence à pas mal bouger, le rap a énormement évolué et Nantes a perdu ce côté un peu « bobo/babos ». J’en parlais avec un pote qui est arrivé à Nantes et qui a pas senti ça, mais c’était quand même un peu ça donc niveau fringues soit plutôt grunge ou bobo mais rien de très étendu. À part Milk, qui est la seule boutique qui a réussi à engendrer énormement de choses. Tout ça pour dire que ça a vachement évolué et c’est cool, on parlait d’Omni et d’Heskis tout à l’heure par exemple : il y a une espèce d’unité où on essaie de tous s’apporter de la force, on a un bon bagage et on le doit à des groupes comme Hocus Pocus, par exemple.

 

Ou Tragédie ?

(Rires) J’allais les oublier !

Pour revenir à la question de base, j’ai pas spécialement envie d’être recensé comme « marque nantaise ». Justement un peu à la différence du hip-hop, je ne cherche pas à dire « je viens de là etc ». Et surtout, j’ai un gros problème de temporalité et de géographie : je saurai te situer très peu de ville et de manière très peu précise, j’ai un vrai rejet là-dessus même ce qui est niveau distance etc. Je n’y apporte pas d’importance, et du coup si j’écoute du rap je m’en fous de savoir d’où vient le gars, c’est la personne que j’écoute. Ça peut être chelou, mais par exemple quand je rêve j’ai un autre Nantes, parallèle si tu veux, que j’imagine dans une idée complétement différente ! Donc ça me donne une autre vision de la ville, en prenant en compte que j’ai pas envie de rester bloqué à Nantes : je suis nantais, mais tout mon univers n’est pas que nantais.

 

Si on résume très basiquement, c’est un travail de commerçant, mais avec une profondeur autour de l’imagerie qui est forte : comment tu mixes tout ça ?

Déjà, ça se passe très bien ! J’ai l’habitude vu que j’ai travaillé en vente, je suis habitué à recevoir un public large qui va jusqu’aux parents avec des enfants comme j’ai pu avoir à la saperie #2 où il y avait un peu de ça. J’ai arrêté de travailler en vente pendant quasiment un an et c’est un côté qui me manquait vraiment, je le retrouve donc sur les différents évènements où je suis présent et ça me fait du bien. C’est de l’adrénaline pure, de parler aux gens, avec un côté très passion. Je parlais du début de la friperie Céleste dans laquelle je n’étais pas forcément proche de toutes les pièces que je pouvais vendre, même si je connaissais son historique, mais le fait justement d’avoir ce background autour de cette culture ça me permet d’en parler avec un gars de 15 ans qui ne connaît pas toujours les bases et ca m’apporte de découvrir de nouvelles marques, discuter , que ce soit textile ou son , art et autre comme j’ai pu le faire à la Slasher Party . C’était un public très rap et j’ai pu vraiment échanger différement qu’à la Block Party ou la clientèle étaient plutôt scandale (rires) et c’est ca qui me tient à coeur , la diversité tout en restant dans ce que j’aime et dans le partage . Tout en essayant d’amener les personnes dans mon univers par la décoration ou le lookbook par exemple .

 

Ça représente un travail historique très conséquent !

Complétement ! Par exemple j’avais des pièces que je savais que je ne les porterai jamais de ma vie, par exemple des trucs de racing des années 70 ultras flashy , et le vrai plus c’est de pouvoir discuter avec les gens, dire de quelle époque ça vient, pourquoi telle marque était ce qu’elle était à l’époque. En ce moment il y a beaucoup de marques qui reviennent et les plus jeunes ont l’impression que c’est le renouveau de la sape et donc on partage sur nos visions , l’histoire des marques et des pièces. Ce sont des rencontres, un mec que j’ai justement rencontré à la saperie #2 a fait modèle dernièrement pour Maison Céleste, par exemple.

 

Pour conclure, tu peux nous faire un récap’ de tes projets futurs ?

Pour se tenir au courant des events il faut suivre la Maison Céleste sur les réseaux surtout l’instagram ( @maison.celeste.officiel ) , c’est le plus simple !

Début de l’année 2018, on va sortir un court-métrage de, j’espère, 15/20 minutes pour donner l’univers de la friperie et communiquer l’esprit général. Et après vers février/mars lancer la marque et le site web. J’ai déjà 3, 4 collections qui sont déjà dessinées dans mon esprit donc il ne reste plus qu’à lancer la marque via le site. Il y aura également une playlist de différents artistes, je voudrai faire une compilation de ces sons et en faire un vrai objet physique qu’on vendra sur le site et qui serait une carte de visite pour toutes ces personnes et donner de la force à des gens que j’aime beaucoup. Ça fait beaucoup de projets mais j’ai beaucoup de soutien, on garde la force.

 

Un dernier mot ?

Merci à ma mère car c’est quand même la génèse (rires) , à Perle infiniment , @jazwave, @arthur_drt , @nekosakaa , @oursmort , @chvavrlotte … Merci à tout les modèles présents-passés-futurs . Merci à tous pour la force les remerciements seront à la fin du court métrages et surtout merci à vous Styx , on se reverra bientôt !

 

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