Réunis sous le titre d’Ultra rêve, trois court-métrages de Yann Gonzalez, Bertrand Mandico, Caroline Poggi et Jonathan Vinel ont été présentés lors du Festival Sofilm Summercamp 2018 à Nantes. Lors de la rencontre organisée après la projection, Bertrand Mandico a confirmé la volonté commune aux quatre cinéastes : tenter de faire émerger une « nouvelle vague » française, dont un manifeste est publié dans le numéro des Cahiers du Cinéma de juillet 2018. Un renouveau du cinéma français ? Tel est le rêve de ces réalisateurs, un pari pour la création.

Avec son air à la Tim Burton, ses cheveux noirs ébouriffés et son costume trop large, Bertrand Mandico paraît aussi insolite que ses personnages de fiction. Le cinéaste toulousain, proche de la quarantaine, a d’abord tourné des courts-métrages d’animation avant de se lancer dans la prise de vue « réelle » (mais non moins fantaisiste). Son premier long-métrage, Les Garçons Sauvages (2017), témoigne d’une approche singulière du cinéma qui ferait penser à une étonnante association de David Lynch, de Cocteau, de Bunuel et des surréalistes, à la frontière du réel et du rêve. Il partage cette étrangeté avec les trois autres cinéastes porteurs de « Flamme », un manifeste empli du désir de faire des films d’un nouveau genre.

                               Festival Sofilm Summercamp 2018     Festival Sofilm Summercamp 2018

Un cinéma qui traverse

Les quatre cinéastes ont rédigé le manifeste après la réalisation des court-métrages After School Knife Fight, par Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Les Îles de Yann Gonzalez et Ultra Pulpe de Bertrand Mandico. Pour ce dernier, cet appel est plus à prendre comme un carton d’invitation que comme un dogme. « J’aime bien cet acte romantique, c’est presque une lettre d’intention d’un ado qui veut faire du ciné », s’amuse-t-il. L’idée reste d’avancer dans une direction commune, d’expérimenter au maximum, « avec ou sans tune ». Dans leur cinéma tout est remis en question, les frontières – y compris sexuelles – sont troubles et poreuses.

Festival Sofilm Summercamp 2018

Ultra Pulpe, par Bertrand Mandico

Laisser part au rêve

Le même onirisme se retrouve dans chacun de ces court-métrages, avec une grande part accordée à l’inconscient. Le travail esthétique très poussé participe à l’étrangeté de ce cinéma, habité de créatures et d’images récurrentes, comme le singe chez Mandico. Celle-ci renvoie à son approche première du cinéma et à une certaine frustration, possible moteur de son désir de devenir cinéaste. Petit, ses parents ne le laissait voir que les débuts des films, avant de lui ordonner d’aller se coucher. Des œuvres qu’il garde en mémoire, il cite King Kong, La Planète des singes, Tarzan ; « le cinéma commençait quand le singe arrivait », confie-t-il avec humour.

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Bertrand Mandico

« J’ai choisi la fantaisie et pas le réalisme cru »

Ces réalisateurs avancent dans un chemin très éloigné d’un certain cinéma français dont l’approche se fait plus réaliste, à l’instar des œuvres d’Abdellatif Kechiche (et son récent Mektoub My Love) ou de Guillaume Brac (L’île au trésor et Contes de juillet), qui peuvent parfois tendre vers le documentaire. Les auteurs du manifeste « Flamme » nourrissent une fantaisie bien plus proche de la science-fiction, à l’image de La Planète des vampires (1965) de Mario Bava. Le kitch n’est jamais très loin, mais reste clairement assumé ; « il faut être habité par un imaginaire, quitte à être ridicule », affirme Mandico. Le réel apparaît alors comme une pure re-création, avec l’impression que les acteurs se déploient dans des studios de cinéma alors qu’ils se trouvent en réalité dans des décors naturels. Toute l’ambition du cinéma de reproduire la réalité se trouve questionnée, et le naturalisme apparaît comme un mensonge face à une fantaisie plus proche du réel. « Je me sens plus réaliste dans mes artifices et ma volonté d’assumer mes effets cinématographiques, qu’un cinéaste qui filme Vincent Lindon comme un ouvrier. La réalité est un cinéma qui s’assume en tant que tel », s’exclame l’auteur d’Ultra Pulpe, sans cacher la part de provocation propre à son approche.

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After School Knife Fight, par Caroline Poggi et Jonathan Vinel

La recherche d’une esthétique nouvelle

Derrière ces trois court-métrages se trouve la volonté de créer une esthétique nouvelle, qui laisse place à la pulsion et à la frénésie du tournage. Les tensions sont recherchées, lors la post-synchronisation par exemple, avec des indications contradictoires dans le jeu d’acteur. L’idée est de traverser un univers et de proposer des personnages atypiques. L’imagerie des années 1980 constitue une référence, comme celle de Paul Schrader (réalisateur du film American Gigolo) pour Bertrand Mandico. Se créée alors une certaine esthétique du souvenir, qui laisse le spectateur dans une forme de flottement, un ultra rêve.

Sortie le 15 août d’Ultra Rêve, programme de trois court-métrages réalisés par Yann Gonzalez, Bertrand Mandico, Caroline Poggi et Jonathan Vinel. Retrouvez le manifeste des quatre cinéastes dans le numéro de juillet/août 2018 des Cahiers du Cinéma (n°746).

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