Quelques touchers, les amoureux s’embrassent et doucement s’envolent… Le réalisateur Steven Briand nous plonge dans un univers onirique pour capter un instant, celui du premier baiser.

L’allure décontractée et le sourire aux lèvres, Steven Briand assume fièrement sa vision d’un cinéma poétique qui explore les limites des effets visuels. Dans ce court-métrage épuré de deux minutes, le réalisateur nantais de 32 ans tente de saisir un seul instant : celui où un homme et une femme s’embrassent pour la première fois.

Produit par la société nantaise Vast Be Mess, le court-métrage “Plume” a été diffusé en juillet 2019.

Pourquoi avoir choisi de filmer un instant, celui d’un baiser amoureux ?

Il y a d’abord une question de budget. J’avais peu d’argent, mais j’avais quand même la volonté de réaliser un court-métrage de “qualité cinéma”. Dans ces conditions je ne pouvais pas faire un film de 15 minutes, il aurait été forcément moins bon. Au début on avait toute une histoire, avec une rencontre, puis on a épuré pour ne garder que le moment du baiser. Quand j’ai compris que je voulais raconter cet instant – un couple qui s’embrasse au dessus des nuages – , Rodin s’est révélé être une grande source d’inspiration.

En quoi sa sculpture a-t-elle influencée votre travail ?

J’ai tout de suite pensé à la fameuse statue Le Baiser de Rodin. J’avais déjà beaucoup étudié son œuvre lors de mes études aux Arts Décoratifs à Paris. Avec mon chef opérateur nous nous sommes inspirés de cette sculpture, nous l’avons contemplée, avec l’idée qu’il peut y avoir du mouvement dans le statique. Rodin a ce talent de créer du dynamisme dans des statues qui ne bougent pas.

Pourquoi avoir eu recours à deux danseurs, Dorine Aguilar et Nicolas Huchard, et non à des comédiens ?

C’était d’abord un choix très technique. Ce court-métrage demande un vrai travail sur le mouvement, il fallait qu’ils soient en excellente condition physique pour bouger avec les câbles qui les soutiennent en l’air. C’est très éprouvant, à tel point que l’actrice est tombée dans les pommes pendant le tournage !

En tant que danseurs, ils sont également à l’aise avec leur corps…

Oui, les danseurs ont l’habitude de leur corps. Ils l’ont désacralisé, dans le sens où ils ont peut-être moins de pudeur. Mon rôle a été de créer les conditions pour qu’une intimité s’installe et qu’ils viennent au baiser. Les danseurs acceptent plus facilement le rapport intime, le toucher, la dimension charnelle, autant d’éléments cruciaux dans ce film.

Paris en décors, pas trop cliché ?

Peut-être, mais ça ne me pose aucun problème ! C’était un vrai risque mais je voulais le prendre. Ça fait plaisir d’être au cinéma et de ne pas être complexé par l’idée que ce qu’on fait est trop naïf, que ça a déjà été fait. Pendant toutes mes années d’étude on nous a bassiné avec le fait de pas faire des choses “clichées”, et finalement on arrive à des films complexés où les réalisateurs ont peur d’aller au bout de leurs idées. Parasite de Bong Joon-ho [Palme d’or 2019, ndlr] est par exemple un film qui s’assume pleinement : c’est un triller avec un vrai jeu sur les personnages, presque des caricatures de riches et de pauvres. Idem pour Blade Runner de Ridley Scott, où l’univers visuel est radical. Je veux me faire plaisir et aller à fond dans mon idée, quitte à réaliser un film un peu “cul cul”.

L’enjeu du court-métrage est-il vraiment de montrer LE premier baiser ?

On m’a beaucoup posé la question : est-ce que tu nous raconte ton premier baiser ? Est-ce que tu as vraiment vécu ça ? En réalité je veux raconter un moment en suspension au dessus des nuages. Pour cela il me fallait partir d’une expérience universelle : le baiser.

” Pour que le spectateur puisse rentrer dans ton univers, il faut partir d’une chose qu’il connait : l’amour. ” – Steven Briand

Le choix des danseurs, l’absence de narration… Ce film n’est-il pas plus proche d’une performance artistique que d’un court-métrage cinématographique à proprement parler ?

En effet, c’est peut-être plus un essai artistique qu’un court-métrage ! Il ne s’agit pas d’une fiction narrative et ce n’est pas ça que je cherchais. Mes personnages n’évoluent pas entre le début et la fin du court-métrage ; je capture juste un moment que j’essaie de raconter avec le vocabulaire et la technologie du cinéma. L’idée reste de raconter des histoires, qu’elles soient narratives ou juste des instants, sous une forme propre au médium. Il est impossible de raconter ce baiser en BD ou en fiction radiophonique ou en bouquin, ou alors ça prendrait une autre forme. Il faut montrer une expérience que l’on ne pourrait pas voir autrement.

Tous les courts-métrages de Steven Briand sur Vimeo : https://vimeo.com/stevenbriand

Pour consulter encore plus de cinéma l’article sur le SO FILM Festival sera vous ravir.

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