Delphine Garnier, la femme libre dans Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy

“Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe des gémeaux…” La seule évocation de ses paroles, nous plonge avec Delphine Garnier et Solange Garnier, dans le monde chantant aux couleurs pastels de Jacques Demy.

Les Demoiselles de Rocheforts, est une comédie musicale culte mettant en scène des femmes dans le quotidien (très coloré) de la fin des années 1960. Alors, que le géant américain Netflix vient d’acheter le film pour le diffuser sur sa plateforme SVOD, à partir du 15 mai, revenons sur une thématique centrale au film et à notre société : le féminisme. Au centre, de cette analyse, la séquence, (20.55” à 21.49”) où Delphine Garnier (Catherine Deneuve) se rend à la galerie d’art Lancien pour rompre avec Guillaume le galeriste. Ce plan séquence est une ode à la liberté. 

Les soeurs jumelles des demoiselles de rochefort
Delphine Garnier et Solange Garnier

La rue : une parenthèse de liberté en direct

Jacques Demy filme la rue comme un lieu neutre. Une toile de fond où l’imaginaire et la fantaisie peuvent se déployer et s’épanouir. Le chemin qui conduit Delphine à la galerie est aussi le chemin de l’affirmation de sa liberté. Jusqu’à la mise en pratique de cette liberté, sa libération définitive lors de la séquence suivante. Cette séquence est une parenthèse, hors du temps, et hors des contraintes de l’espace. Le tout sublimé dans un plan séquence. Ce choix de mise en scène renforce cette idée de parenthèse en donnant une unité spatiale et temporelle clause, entre les deux cuts. Cela crée un effet de direct parfait, car nous partageons le même temps que les personnages. Nous voyons cette femme affirmer sa liberté en direct ce qui renforce le sens fort de cette séquence. 

La musique et la danse libératrice

Cette parenthèse est rythmée par la musique de Michel Legrand (une musique enjouée, sans parole mais avec des coeurs féminins), évocateur de la femme émancipée et libre qu’est Delphine. Cette dernière est le centre d’intérêt de la mise en scène du cinéaste, ce qui en fait de facto la maîtresse de l’espace (rue et filmique). Pour preuve, c’est elle qui imprègne le rythme à la séquence, elle conditionne la vitesse de déplacement de la caméra. Tous les passants et passantes dansent où échangent un regard avec Delphine, comme les militaires et marins qui lui ouvrent la route. Cela désigne un rapport homme/femme à l’avantage de la femme. Et montre son émancipation et sa liberté puisque c’est une femme qui ose exister, être le centre de ce monde et s’y amuser. 

Tous les personnages sont soit des spectateurs – ce qui met en avant la femme émancipée, en focalisant un regard extérieur sur elle, qui fait effet de miroir et la place d’autant plus au centre de la séquence. Soit des camarades de jeu, donc vecteur et témoin de son émancipation et de sa liberté. Pour parachever cela, la caméra la regarde non pas en gros plan, mais en plan large pour la laisser libre dans l’espace du cadre, ce dernier s’efface à son profit, pour qu’elle vive et s’approprie l’espace. 

L’amusement : preuve de la liberté et de l’émancipation

Delphine Garnier est libre, pour preuve elle avance toujours dans ce plan séquence, elle est sûre d’elle et gracieuse. La grâce qui émane d’elle est le signe de cette émancipation. Une affirmation de sa liberté que l’on retrouve avec la thématique du jeu. La rue est l’endroit où elle s’exprime en directe. Elle danse dans une liberté de mouvement complète aux yeux de tous, et plus uniquement ceux de sa sœur jumelle. Comme libre de ses mouvements, rêveuse et flâneuse, jouant, échangeant avec les occupants de cette rue. Par exemple le moment où trois militaires essayent de la bloquer. Elle hésite et ne sait pas par quel côté passer pour les dépasser, cela est un mouvement quotidien. Qui ici est vu sous le prisme du jeu, preuve que Delphine choisit elle même le ton qu’elle souhaite donner à cette séquence donc qu’elle évolue librement au rythme de ses envies.

Ce mouvement spontané, montre qu’elle est maîtresse de son quotidien. Ce qui en fait l’exemple de la femme libre. 

La liberté grâce à la spontanéité

L’affirmation de sa liberté est renforcée, car tout nous donne cette impression de jeu spontané avec l’environnement. Cela s’explique car, tout s’enchaîne spontanément, ce qui rend d’autant plus forte l’emprise du personnage sur la situation. Elle est la chorégraphe de l’expression de sa liberté, sa scène est cette rue. Toute cette séquence n’est qu’un jeu enfantin où Delphine s’amuse avec les éléments qui l’entourent ce qui montre sa liberté.

Cette séquence de déplacement vers la galerie de Guillaume, son amant, est une préfiguration de leur dispute et rupture. Delphine Garnier s’affirme comme une femme libre face à Guillaume. En s’émancipant de cet homme, elle termine ce chemin et devient pleinement la femme libre et affirmée qu’elle est déjà, elle le devient socialement. Elle n’a pas peur des sentiments et des ruptures, ni d’exister pour elle. Ce qui en fait la femme libérée préfigurant le changement de moeurs de l’année 1968. 

Ce film est disponible ainsi que d’autre films de Jacques Demy sur la plate forme Netflix. Un film à dévorer sans modération. 

En lien la séquence: 

La séquence en question

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