Un homme et une femme

Un Homme et une Femme et moi

Ses dernier temps le Festival de Cannes a beaucoup fait parler de lui en n’ayant pas lieu ! Alors avec cette review d’Un homme et une Femme, retour sur la Palme d’Or 1966 décerné à Monsieur Claude Lelouch. C’était il y a 4 ans, un 14 mai au Festival de Cannes pour les 50 ans de cette Palme d’Or magnifique. Alors, tous en Mustang et faisons un saut dans le temps et l’histoire du cinéma pour aller rencontre de Anne et Jean-Louis. 

Crédit Photo : Marie Barret

En premier lieu il faut que je vous raconte comment je me suis retrouvée là-bas. C’est mon professeur de cinéma qui m’avait dit, quelques jours auparavant : ”Moi j’y vais, je vous prends une place et vous faites ce que vous voulez”, pour la projection d’un homme et une femme. Pour être honnête, à cette époque, Claude Lelouch était pour moi un réalisateur français, perdu dans la masse des noms de grands réalisateurs qu’il faut connaître et que j’ai sans doute croisé au fil de mes lectures ou de mes cours. Ma curiosité, l’envie de dévorer un nouveau film au Festival, et ma confiance dans les goûts de mon professeur, me conduisent à assister à la séance. Encore aujourd’hui je le remercie de m’avoir pris cette place !

Là où tout a commencé

La salle est pleine à craquer. Je suis au 1er rang, collée à l’écran. Ce qui me frappe le plus, c’est que je ‘‘ressens’’ la salle, comme je ne l’avais jamais ressentie jusqu’alors. J’ai compris ce qu’elle était ce soir-là. Cette attente, interminable, qui nous conduit vers l’heure du début du film où, seconde après seconde, la tension et l’excitation montent. C’est comme entrer dans l’arène, on est porté par l’événement Cannes, les 50 ans, la copie nouvellement restaurée et la présence de Claude Lelouch. Je me laisse emporter. C’est un concert de rock où la rock star est le film que toute la salle est prête à applaudir à l’unisson.

La séance est présentée par Thierry Frémaux et Claude Lelouch. Ce dernier nous replonge 50 ans auparavant sur la Croisette quand lui, Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, marchaient bras dessus bras dessous pour aller récupérer le sésame suprême : la Palme d’Or. Le souffle des années et de la légende me saisissent : mon excitation monte d’un cran. A la question : ‘’Qui n’a pas vu le film ?’’, je lève la main.

Je sens que ce film est exceptionnel, je ressens qu’il va se passer quelque chose, que la magie du cinéma va opérer de façon magistrale, que cette séance va changer ma vie. Seulement, je n’ai pas anticipé que ce serait à ce point-là. Le moment arrive enfin, Claude Lelouch gagne sa place sous les applaudissements. Puis le silence se fait, il est solennel. L’écran blanc face à moi attend d’être éclaboussé par les images projetées du film. Le moment de transition est là, celui où nous basculons dans un autre monde. La salle s’éteint, les Marches vêtues de leur parure rouge et la Palme d’Or laissent place à Anouk Aimée dans la brume matinale du port de Deauville. 

Claude Lelouch tourne une nouvelle suite de "Un homme et une femme ...

Le ressentis

Le Cinéma fait son œuvre, je me laisse happer, j’entre dans le film. Et je tombe amoureuse. On a envie de vivre avec eux, de vivre dans ce film. C’est la première fois que je tombe amoureuse au cinéma. Cette sensation est unique, on a l’impression de connaître les personnages depuis toujours. Il y a un changement d’échelle ! Je ne suis plus simple spectatrice, je suis dans un endroit intermédiaire où seul le cinéma peut vous conduire. Ne plus être soi, ni totalement quelqu’un d’autre, je ne ressens plus mon corps, je suis ailleurs, je respire uniquement pour les personnages et en fonction d’eux, le film m’envoûte littéralement.

Être à la place des deux personnages en même temps, tantôt scripte assise sur une caméra tantôt pilote de course les fesses vissées dans le siège de la Mustang blanche numéro 184. Amoureuse de ce film, du montage alterné entre Jean-Louis qui participe au rallye de Monte Carlo. Mais aussi de Anne à Paris dans un bus, qui en descend, achète l’Équipe dans un kiosque pour avoir des nouvelles de l’avancée de Jean-Louis.

L’amour

Je suis tombée amoureuse de leur personnalité, de leur histoire, de la musique, de la façon ‘‘simple’’ de regarder de Claude Lelouch, de cette liberté d’improvisation que l’on ressent à chaque plan, du télégramme “Bravo, je vous aime”, la remontée sur Paris de Trintignant avec ce monologue intérieur, la Mustang rouge orangé, le travelling circulaire autour des amants qui se retrouvent sur la plage, l’arrêt sur image final. Autant de moments qui sont gravés dans ma mémoire. Et qui font de ce film un très grand film, un immense film !  Tout y est d’une justesse remarquable ! Tout est parfait en réalité. C’est un film qui m’a fait me rappeler pourquoi je suis amoureuse du cinéma. Parce que j’ai ressenti le film au plus profond de mon être.

La séparation

Le moment de la séparation à l’hôtel Normandie m’a déchiré le coeur et une seule phrase tournait dans ma tête : ‘‘non, non, t’as pas le droit de leur faire ça, t’as pas le droit de finir ce film en les séparant’’. Cette peur mêlée aux sanglots et à l’espoir que Claude Lelouch les fasse se retrouver est une chose intense, une sensation que je n’ai pour le moment plus retrouvée. Je dois aussi à ce film et à cette soirée mon amour pour les acteurs. Trintignant et Aimée, immenses acteurs, m’ont touchée par leur justesse. Aussi par cette alchimie qui s’instaure entre eux dans le film, qui repose intégralement et exclusivement sur eux.

Tout est magistral. Ce duo m’a emporté dans le film avec eux. C’était un voyage avec des êtres, inconnus deux heures auparavant, mais auxquels on s’est attaché inconsidérément ; nous les avons fait entrer définitivement dans notre vie. C’est ce qui m’a touché en premier lieu. J’ai compris que le cinéma pouvait faire cela, avait cette magie. Cette identification, possible et sans borne, qui traverse les années et les âges.

La fin

Cette capacité du cinéma, à l’instant où l’écran s’éteint, que l’on est en pleurs, où on est immobile dans son siège tandis que les larmes coulent ; puis la salle s’allume et les applaudissements fusent. Le retour à la réalité n’est pas brutal, il est même doux. À cet instant, je me lève de mon siège, me retourne pour voir Claude Lelouch, ou du moins l’apercevoir au milieu des larmes. Ainsi, je suis bouleversée à un point tel que je ne peux tenir debout, je retombe dans mon siège et continue à pleurer. Je suis assise, groggy, savourant cette sensation unique. Voilà dans quel état cette histoire d’amour entre deux cœurs inconsolables m’a rendue. Je vous souhaite à toutes et à tous un jour de vivre cette expérience.


Un Homme et une femme - Bande annonce HD reprise 2016 - YouTube

Ce petit récit vise à parler du film autrement, à parler du Cinéma et à remercier Claude Lelouch. Ainsi, j’ai pu me permettre de vivre à jamais avec Un Homme et une Femme dans un coin de ma tête. Pour conclure, cet article qui je l’espère vous aura donné envie de découvrir ou redécouvrir ce chef d’œuvre absolu du cinéma -ainsi que ses deux suites-, je tiens à signaler une chose. Claude Lelouch était conspué par les critiques, de cette manière : « Claude Lelouch retenez bien ce nom vous n’en entendrez plus jamais parler » avait écrit sur lui un des journalistes des Cahiers du cinéma.

Pour aller plus loin

Comme quoi la postérité aura donné raison à l’opiniâtreté de ce réalisateur de génie au plus de 50 films. Son prochain film La vertu des impondérables sortira sur Canal Plus le 13 Juin précédé de son dernier court-métrage Le Grand Rendez-vous, tourné le 24 mai sur le circuit de Monaco, avec comme acteur principal le pilote de Formule 1 de chez Ferrari Charles Leclerc. 

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